Interview: Nick V : co-organisateur des soirées Mona et DJ parisien

Membre du conseil d’administration de Technopol, DJ-artiste parisien underground, co-organisateur des soirées Mona à la Java, Nick V nous parle de son parcours et de son regard sur 15 ans de Techno Parade.

Pour commencer, que signifie la Techno Parade pour vous?

C’est la célébration des cultures électroniques qui réunit le plus de monde en France. Alors forcément par sa puissance fédératrice cela est une opportunité incroyable pour d’une part faire connaître la richesse de cette culture et d’autre part c’est une vraie dose d’énergie et de bonheur au cours d’une journée exceptionnelle. Je regrette que l’ensemble des acteurs des musiques électroniques ne soient pas suffisamment représentées au cours de la parade, souvent par manque de moyens mais aussi par peur d’être associé à une image trop commerciale. Actuellement l’équipe de Technopol travaille dur pour changer cette image qui s’est installée au fil du temps lors d’éditions passées. Le plus important reste la puissance de cet événement totalement gratuit qui réunit des miliers de personnes dans les rues de Paris, c’est rare, exceptionnel et nous avons beaucoup de chance de pouvoir faire ça … on se doit d’être attentifs pour préserver cette belle occasion festive.

Pouvez-vous nous rappeler votre rôle dans la parade depuis 1998 ?

J’ai fait à la toute première parade en 1998 en tant que simple participant et ça avait été assez fantastique, notamment la réunion de l’ensemble des chars sur la pelouse de Reuilly à la fin du parcours. C’était génial d’avoir une concentration de toutes ces musiques différentes en un seul lieu.

J’ai joué sur un char en 2007, celui des Jeunes Agriculteurs au démarrage de la parade, et ai pu mesurer aux premières loges l’incroyable énergie collective d’un dancefloor de miliers de personnes en plein mouvement. Une expérience unique et remarquable. J’ai retenu (encore une fois) qu’il n’est vraiment pas nécessaire de passer de la musique « facile » « hype » ou « commerciale » pour le grand public. J’aimerai encourager les DJs et organisateurs à ne pas se laisser influencer de cette façon. Lors de cette édition j’avais porté un appareil de mesure qui avait relevé la dose de bruit que j’ai reçu pendant mon set. Depuis 2007 en effet Technopol a inclu la gestion sonore à l’organisation de la Parade, pour éviter une surenchère des niveaux entre chars, pour ne pas trop polluer les voisins et surtout pour faire prendre conscience que notre audition est précieuse et doit être protégée. Je suis intervenu sur ce plan pour Technopol également, puisque je suis Acousticien de formation et exerce ce métier en parallèle. Enfin lors de l’édition 2011, j’ai proposé que la Danse soit le thème de la parade afin de mettre à l’honneur cette forme d’expression physique et artistique, trop souvent oubliée au profit de la notoriété des artistes qui parfois prennent trop d’importance dans la construction d’un événement festif. C’était l’occasion de  mettre en avant la grande vitalité et diversité des scènes de danse en France (House Dance, Voguing, Danses Electro …).

Y-a-t ‘il une anecdote qui vous a particulièrement marqué en 15 ans ?

Le phénomène de la danse Tecktonik en 2007. C’est le premier mouvement de danse purement Français et pour une fois c’est la banlieue qui insuffle l’énergie à la capitale. Des milliers de jeunes réunis autour de cette danse, ce qui a permis de briser les barrières et préjugés sociaux. C’était la parade avec le moins de problèmes de délinquance, une vraie bouffée d’air frais. La danse comme la musique permet de transcender le quotidien et ses conditionnements sociaux primaires.

Selon vous, quel est l’esprit initial de la parade ? La Techno Parade a-t-elle évolué positivement ou négativement depuis 1998 ?

J’ai délaissé la Techno Parade pendant quelques années comme de nombreux acteurs des musiques électroniques Parisiens, pour des raisons d’image et de contenu musical trop commercial et peu représentatifs de l’esprit des musiques électroniques de départ. Aujourd’hui, je suis revenu à la parade pour plusieurs raisons. D’abord, je crois que si l’on veut faire évoluer les choses il faut y mettre de la bonne volonté, de l’énergie positive. Et puis, je pense aussi que les choses évoluent tout le temps et qu’il est inutile de vouloir se raccrocher à des images du passé. Aujourd’hui, le phénomène Techno est très différent de ce qu’il était dans le passé, il est beaucoup plus populaire, plus médiatisé et cela est normal vu le fonctionnement de notre société actuelle.

Quel avenir espérez-vous pour la Techno Parade ?

L’espoir fait vivre mais je préfère l’action à l’espoir. Technopol souhaiterait réintroduire une meilleure diversité dans les les chars et est en train de faire évoluer le format de la parade sur une durée plus longue avec la « Paris Electronic Week ». Je pense que ce sont des bonnes choses. Je pense surtout qu’il faut profiter un maximum de cette opportunité festive qui est offerte à tous, finalement mon espoir est que tout le monde puisse participer à la parade sans s’encombrer l’esprit de préjugés sociaux ou d’image.

Où en est la musique électronique en 2013 par rapport à 1998 ?

Beaucoup de choses sont arrivées : la dématérialisation de la musique, la résistance du format vinyle, des courants qui ont donné de nouveaux genres de musique, les préjugés encore présents sur la musique électronique, les difficultés de gérer les lieux musicaux, le renouvellement du public, l’emergence du clubbing comme industrie … mais en parler mériterait un peu plus de temps. En tout cas la production de musique électronique se porte très bien, je suis toujours ravi d’écouter de nouvelles productions et des courants nouveaux. Il y a encore des progrès notables à faire sur les conditions de travail des artistes, les salaires et les droits sociaux, notamment pour les DJs.

Selon vous, quel ingrédient manque-t-il à cette parade pour la rendre encore plus exceptionnelle ?

J’aime beaucoup l’idée de la semaine de la Technoparade. Je trouve que cette évolution correspond bien au murissement de la culture électronique. Mais il ne faut pas perdre de vue le sens festif de départ. J’aimerai voir se faire le pendant nocturne de la Parade sous la forme d’une soirée où l’on pourrait retrouver les DJs des chars sur multiples dancefloors.

Pour finir, quels sont vos projets futurs, aussi bien pour la Techno Parade qu’à titre individuel ?

Je vais bientôt être Papa et je suis heureux !

Retrouvez Nick sur son site web et son facebook.

Interview réalisée par Alban Saint-Joigny.