Interview: The Micronauts, flashbacks et entretien

Christophe Monier aka The Micronauts, boss du label Micronautics, possède un double visage musical. Il revêt dans ses moments deep house la tenue de Rituel, son duo avec Thomas Regnault aka Dew Town Mayor. The Micronauts, projet né au milieu des années 90, continue d’être présent sur la scène électronique seul ou accompagné, en continuant son immuable percée céleste. Présent sur le char du label de Vitalic, Citizen Records, à la Techno Parade 2007, flashback et entretien au menu.

Pour commencer, que signifie la Techno Parade pour vous ? À quoi sert-elle ?

Comme toute manifestation, c’est une manière de se compter. Le but est d’obliger les pouvoirs publics à accepter la manière dont se crée, s’écoute et se partage la musique électronique. Ça concerne des sujets aussi variés que les lieux ou les horaires, le statut ou la rémunération des artistes, la propriété intellectuelle, la responsabilité individuelle, la sécurité, voire la spiritualité. Bien sûr ces revendications bénéficieraient à l’ensemble de la société et sont les signes de bouleversements culturels profonds.

DJ principal du char Citizen Records en 2007, pouvez-vous nous rappeler votre expérience ?

J’avais été frappé par la jeunesse et la diversité, l’enthousiasme et la fraîcheur du public. Son renouvellement et son élargissement confirmaient mon intuition initiale, qui est que la musique électronique est l’avenir de la musique.

Selon vous, quel est l’esprit initial de la parade ? Dans quel sens la Techno Parade a évolué depuis 1998 ? En quoi illustre-t-elle l’évolution de la musique électronique ?

La Techno Parade a accompagné une transformation musicale qui a commencé dans les marges et l’avant-garde, en dehors de tout académisme, et qui s’est diffusée à tous les autres genres : rock, jazz, variété, musiques urbaines, etc. En faisant le crossover et en passant dans l’overground (grand public), ces nouvelles idées se sont inévitablement émoussées, suscitant en retour une redynamisation de l’underground et l’apparition de nouveaux sous-genres. À rebours d’une tendance bien française à la muséification et au snobisme, la Techno Parade a toujours essayé, avec plus ou moins de succès, d’inviter et de représenter tous ces courants.

Où en est la musique électronique en 2013 par rapport à 1998 ?

Plus grand monde ne conteste que la musique électronique est une musique vivante, populaire, qui vient de la « rue », dont les techniques de production se sont imposées. Elle est pourtant toujours traitée de manière inéquitable en France, par de nombreux organismes ou institutions. Il y a aussi une grande incompréhension sur la manière dont elle doit être jouée en public et sur le travail du DJ, qui n’est pas complètement reconnu comme un artiste interprète.

Pour vous, est-ce que la Techno Parade a une dimension politique et militante ?

Oui, comme je le disais au début. Réclamer plus de liberté de création, de diffusion des idées et d’expérimentation sociale, c’est prendre une position politique. Défendre la fête, où les gens dansent et rentrent en transe ensemble, en se faisant face et en se souriant, au lieu d’être seuls au milieu d’une foule qui regarde dans une seule direction, celle d’un spectacle sur une scène, c’est défendre un moment de socialisation privilégié, qui crée du lien. C’est s’opposer à un modèle de société qui divise le peuple et isole les individus. Défendre une musique qui s’invente dans des home studios en autoproduction, dans un anonymat relatif, qui se diffuse dans des circuits parallèles de labels et de magasins indépendants, qui est apportée au public dans des fêtes sauvages, c’est refuser les hiérarchies pyramidales qui asservissent. Même si ces idéaux sont oubliés avec le succès de certains, ils restent ancrés dans l’ADN de la musique électronique.

Quel avenir espérez-vous pour la Techno Parade ? Reviendrez-vous mixer ?

Je souhaite une longue vie à la Techno Parade et oui bien sûr, je reviendrai mixer.

Pour finir, quels sont vos futurs projets musicaux en tant que The Micronauts et Rituel, votre duo avec Thomas Regnault ?

En solo en tant que The Micronauts, je prépare un nouveau maxi et travaille sur mon prochain album. Je vais sans doute remixer ou produire des titres d’autres artistes, et participer à des projets artistiques. Mais il est un peu tôt pour en dire plus. En duo avec Thomas Regnault, en tant que Rituel, nous avons sorti avant l’été notre 2e EP, qui contient les titres « Club Zanzibar » et « Nirvana Dance ».

Des remixes vont sortir à la rentrée, par Shadow Dancer (un groupe anglais qui sort des disques sur Boysnoize et Bad Life), par Donovans (un de nos proches avec qui nous jouons souvent, qui a fait des disques sur Citizen, Cheap Thrills, Blood Music, Turbo et qui vient de lancer son label 11Heads) et par Kött (un jeune artiste russe dans une veine deep/tech house).

Un vidéoclip de « Club Zanzibar » accompagnera cette sortie. Il est réalisé par de jeunes artistes lituaniennes, Gerda Le Fou et les Terrible Twins, et se présente comme un road movie à travers la nature et les friches industrielles de leur pays. Suivra un vidéoclip de « Nirvana Dance » réalisé par Bruno Fontana, dont l’histoire se déroule au sein de la diaspora indienne à Paris. D’ailleurs ce titre a été remarqué par Nihal, le DJ d’Asian Beats nº 1 en Angleterre, qui a une émission hebdomadaire sur BBC Radio 1. Il n’arrête pas de le jouer et nous a demandé un VIP Mix pour une compil qu’il sort l’année prochaine sur Tru Thoughts.

Enfin nous organisons une soirée Rituel au Yono, un grand bar du Marais, le 27 septembre, puis la release party du maxi de remixes à La Foule, un club qui vient d’ouvrir à Pigalle, le 2 novembre. Et nous jouerons au Festival Résonances à Dijon le 8 novembre.

Place à l’écoute, il nous offre en exclusivité son dernier mix en tant que Rituel. Enregistré le 28 août dernier, lors de la soirée « Été d’amour » au Wanderlust, un moment deep house apaisant mais pas trop tout de même. 

Pour plus d’informations, retrouvez The Micronauts sur sa page Facebook

Interview réalisée par Alban Saint-Joigny.